Silence et marche spirituelle dans le Sahara
Rédaction

Sahara. Ce mot berbère signifie : « Là où il y avait la vie et où elle n'est plus. » En route vers le désert, notre guide Ahmed nous a montré le lit asséché d'une rivière et nous a expliqué qu'avant il y avait une belle cascade et que toute la vallée était verte, avec des orangers et des amandiers, mais que depuis trois ans, il n'y avait plus d'eau. Il pensait que c'était peut-être à cause du réchauffement de la planète… Cela m'a attristé profondément. L'eau, c'est la vie; là où il y a de l'eau, une source, il y a la vie ! Nous sommes ensuite allés dans un petit oasis où il y avait un puits pour puiser l'eau d'une source. J'en ai fait une métaphore en me disant qu'en nous aussi, il a des lieux où il y avait la vie et où elle n'est plus, que la source est bouchée, mais que si nous creusons dans les nappes phréatiques de notre être, la source jaillira de nouveau !

L'intensité qui se vit ici au sein de notre petit groupe est indescriptible. Je ne pensais pas atteindre de telles profondeurs si rapidement. Il est vrai que la fatigue aidant, après plusieurs heures de marche en silence, les émotions sont à fleur de peau, mais je pense que le désert y est aussi pour quelque chose, ainsi que Celui qui nous a appelés et réunis ici. Il n'y a pas de hasard, tout semble orchestré par une main de maître, il suffit de se laisser guider dans la confiance.

Sublime est le mot qui décrit le mieux la beauté du paysage et la Présence qui m'habite ! Il n'y a pas de mot pour décrire cette présence qui orchestre si bien notre pèlerinage dans le désert… Comme le dit si bien Maurice Zundel : « Si l'on dit qu'Il est bon, juste et miséricordieux, comme il convient de le dire en effet, il faudra ajouter aussitôt que ces qualités ne peuvent se réaliser en Lui comme en nous, mais avec une perfection telle que ni aucune pensée ne la peut concevoir ni aucune parole l'exprimer, en sorte qu'elles ouvrent à l'âme un champ illimité de contemplation et une source inépuisable de joie. […] Les mots qui en parlent produisent trop souvent un malaise intolérable; comme une confidence d'amour qui serait répétée sans amour… C'est pourquoi tout discours sur Dieu doit naître du silence et y demeurer, pour y conduire : Tibi silentium laus ! – Votre louange, Seigneur, c'est le silence ! »

Ce « Dieu inconnu » de Zundel, perçu de façon différente pour chacun selon sa tradition ou sa croyance propre, est immensément présent ici, dans la Beauté, le Silence et en chacun de nous qui formons une petite communauté nomade temporaire. Si je prends la peine d'en parler, c'est qu'Il est l'Auteur de la vie et de cette belle aventure spirituelle que nous sommes en train de vivre dans le Sahara marocain.

Témoignage :
Lors de nos marches silencieuses, certains vivaient diverses émotions et douleurs. Le désert a accueilli nombre de larmes de découragement. Je me souviens d'avoir été très touchée lorsqu'une des participantes est venue donner la main à une autre qui vivait beaucoup de peine et pour laquelle chaque pas était une torture. Il en fut de même lorsque nous devions franchir des dunes; il y avait toujours une ou deux mains charitables qui nous attendaient pour hisser vers le haut les âmes en peine. Ces élans de solidarité ont contribué à souder le groupe.

La générosité était aussi présente dans l'équipe marocaine. Ces hommes du désert étaient heureux de partager avec nous leur amour de cet environnement familier. Un jour, arrêtée en haut d'une dune, je regardais au loin s'approcher les chameliers qui chantaient des chants berbères. Je me suis mise à pleurer de gratitude envers ces hommes qui prenaient tant de soin pour nous rendre le voyage agréable. À la grande surprise et à la satisfaction de nos guides, ces hommes du désert qui attachent beaucoup d'importance à ce que le désert soit respecté et reste immaculé, nous avons effectué une corvée de ramassage de déchets laissés par des humains non scrupuleux. Ce geste fut une belle façon de témoigner, à notre tour, notre solidarité envers eux.
– Claudie Pfeiffer, accompagnatrice de Spiritours pour le voyage « Le silence du désert »

PAR ANNE GODBOUT, DE SPIRITOURS