La floraison de l'herboristerie québécoise, d'hier à aujourd'hui
Le 27 janvier 2008 - 09:44
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Anne, jeune cinquantaine, a commencé à découvrir les plantes médicinales il y a quelques mois. Une tisane de mélisse par-ci, une infusion de camomille par-là… Bien qu'elle soit heureuse des bienfaits que cela lui a apportés, elle a toujours de la difficulté à situer cet univers dans la sphère contemporaine.
De la voisine de palier qui vante les mérites du gingko au chroniqueur télé qui présente les propriétés curatives du millepertuis, on retrouve depuis quelques années les plantes médicinales sur toutes les tribunes. Les Occidentaux les découvrent avec cet enthousiasme prudent qui caractérise une nouvelle idylle. Nouvelle? Pas vraiment, puisque les vertus thérapeutiques des végétaux ont, après tout, été au cœur des médecines de toutes les civilisations anciennes. Hippocrate, considéré comme l'un des pères de la médecine conventionnelle, avait lui-même recensé près de quatre cents remèdes à base de plantes dans son Corpus Hippocratum. Sur le territoire de la future province de Québec, les autochtones n'avaient toutefois pas attendu les Européens pour cueillir et cultiver ces végétaux qui guérissent. Depuis des millénaires, des peuples entiers ont ainsi développé un inestimable bagage de savoirs ancestraux et veillé à sa transmission. Ce n'est que dans un passé somme toute récent, aux XIXe et XXe siècles, que les espoirs que l'on fondait dans la science allaient entraîner un rejet quasi-radical de la valériane et de ses compères.
Un retour aux sources
Pour l'herboriste et écrivaine Rose-Hélène Tremblay, c'est donc d'une véritable renaissance de l'herboristerie que l'on peut parler : « Dans les années 70, on ne connaissait plus dans les campagnes québécoises que l'herbe à dinde et le chiendent. Il a donc fallu redécouvrir notre mémoire, en fouillant dans les livres et en interrogeant les aînés. Comment soignaient-ils ceci? Que faisaient-ils avec cette plante-là? » Près de vingt ans plus tard, elle apprendrait que la démarche effectuée dans son village en Gaspésie avait été entreprise simultanément par d'autres passionnés des plantes, partout en province.
Aujourd'hui, on retrouve tant en milieu urbain que rural de ces gens qui côtoient l'univers des plantes médicinales. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la palette de leurs profils a de loin transcendé le cliché « nouvel âge », longtemps associé à l'herboristerie traditionnelle. Parmi les jardiniers assidus et les clients des herboristes-thérapeutes, on retrouve désormais autant la cadre retraitée, soucieuse de prendre en charge de façon autonome le soulagement des symptômes de sa ménopause, que le jeune couple désireux de soigner sa petite famille, au naturel et tout en douceur.
Cette diversité transparaît également dans la constellation formée par le milieu herboriste, tel qu'il s'est constitué au fil des ans. Alors que certaines approches sont résolument tournées vers les propriétés mystiques des végétaux, d'autres se positionnent à la charnière entre usages traditionnels et recherche scientifique. « Il y a cent manières d'être herboriste », s'exclame Anny Schneider, auteure et sommité reconnue dans le domaine des plantes sauvages médicinales au Québec. Pour l'herboriste, cette pluralité d'approches, tant qu'elle s'avère bénéfique pour les gens et pour l'environnement, est garante de la biodiversité humaine. Et là-dessus, pas d'inquiétude à y avoir. Que ce soit au cœur de la petite herboristerie artisanale ou de la lucrative entreprise de cueillette et de transformation des feuilles, fleurs et racines de toute espèce, on retrouve immanquablement chez les herboristes rencontrées cet amour et cette curiosité du lien privilégié entre les mondes humain et végétal.
L'herboristerie québécoise, à la croisée des chemins
Si l'histoire herboriste du Québec est tout sauf récente, son univers contemporain en est toutefois encore à s'organiser. Un défi que tente notamment de relever la Guilde des herboristes. Forte de plus de trois cents membres, elle s'est donné l'ambitieux mandat de structurer et de promouvoir l'accessibilité à ce savoir ancestral, tout en ralliant et en soutenant les artisans du milieu. La floraison d'écoles d'herboristerie, où l'on approfondit notamment les interactions entre plantes et médicaments conventionnels, n'est pas étrangère à cette nouvelle ère de l'herboristerie. Pour Anny Schneider, de la Guilde des herboristes, l'éducation des autorités politiques et médicales demeure un défi d'envergure, porteur d'enjeux significatifs pour l'avenir.


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