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Homéopathie : Au-delà du placebo

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Malgré plusieurs études prouvant son efficacité, on ne sait toujours pas comment l'homéopathie agit. Mais pour ce qui est de l'effet placebo, l'hypothèse est fausse. Anatomie d'un exemple de subjectivité scientifique.

PAR LOUISE-MARIE BÉDARD

On entend souvent du côté des détracteurs que les granules homéopathiques ne se comporteraient pas mieux qu'un placebo, c'est-à-dire une substance dénuée d'activité pharmacologique, mais les conclusions sur lesquelles ils s'appuient encore ont été invalidées peu après leur publication…

En août 2005, l'hebdomadaire britannique The Lancet tirait des conclusions polémiques et défavorables sur l'homéopathie, dans son éditorial intitulé " La fin de l'homéopathie ", à partir d'une étude conduite par un groupe de chercheurs ayant écarté de manière non explicitée et a posteriori des séries d'essais concluants. En décembre 2005, The Lancet remettait les pendules à l'heure. Ces médicaments montrent " une supériorité par rapport au placebo en tous points comparables à celle que montrent les essais sur les médicaments conventionnels ". On insiste cette fois-ci sur la perfectibilité des recherches et la nécessité de les poursuivre, " cette thérapeutique faisant l'objet d'une expérimentation dont la fiabilité ne saurait être mise en doute ". En croyant sonner le glas de l'homéopathie, The Lancet sonnait en fait celui de sa propre objectivité. Peter Fisher, du Royal London Homoeopathic Hospital, résume l'ensemble des nombreuses critiques en une phrase lapidaire : " Nous sommes d'accord avec l'auteur que le temps des analyses sélectives et des rapports biaisés est révolu, mais nous trouvons ironique que son éditorial se fonde précisément sur une telle étude. " Klaus Linde, de l'Université de Munich, lui fait écho : " Nous trouvons extrêmement décevant qu'une revue médicale de pointe mésuse d'une telle étude de manière polémique et sans faire preuve d'esprit critique. " Le titre de la discussion scientifique du Dr Bruno Ferroni, " The Lancet : la fin de l'objectivité dans la recherche scientifique ", est sans équivoque. Selon ce médecin suisse, The Lancet " cherche à enterrer une discussion dérangeante sur une méthode thérapeutique qui a montré des résultats évidents. […] Le but recherché est-il de faire taire des voix dissonantes, alors que la recherche fondamentale continue à lever […] le voile sur l'effet de ces mystérieuses dilutions ultra-moléculaires au mécanisme d'action inconnu? " Il conclut par une citation de Claude Bernard, le père de la médecine expérimentale : " Quand le fait que l'on rencontre ne s'accorde pas avec une théorie régnante, il faut accepter le fait et abandonner la théorie."

La réaction des homéopathes du Québec

" Lorsqu'il s'agit de discréditer l'homéopathie, on sort les gros canons et on fait beaucoup de bruit, mais quand vient le temps de lui rendre ses lettres de noblesse, le silence règne, constate Richard Laroche, homéopathe. De nombreux travaux scientifiques existent, mais lors des colloques et des émissions télévisées, les tenants de la médecine expérimentale qui interviennent prétendent le contraire. N'ayant ni étudié ni expérimenté l'homéopathie, comment peuvent-ils se prononcer sur sa valeur thérapeutique ? Placebo ! disent-ils encore avec mépris, oubliant par ailleurs que son effet psychosomatique représente aussi un champ d'étude relativement nouveau. "

Christian Aubry, président du Syndicat professionnel des homéopathes du Québec lors de la parution de l'article controversé, avait réagi au nom des 300 homéopathes du Québec : " Ils n'ont pas cherché à savoir si l'homéopathie était efficace, ils ont seulement tenté de discréditer les études qui concluent à son efficacité. Malheureusement, cet article montre à quel point, sous des apparences scientifiques, on peut se rendre à la conclusion à laquelle on voulait arriver au départ. […] Quant à la question de l'efficacité de l'homéopathie et du prétendu effet placebo, nous aimerions bien savoir comment les auteurs de l'article paru dans The Lancet et leurs collègues de la grande fraternité scientifique expliquent le succès des traitements homéopathiques sur les animaux. […] Le fait est que les homéopathes guérissent, au Québec et partout dans le monde, un nombre croissant de personnes souffrant de maux de santé allant des maladies les plus bénignes aux maladies les plus graves, tant psychologiques que physiques, individuelles que collectives. "

En 2005, Laboratoires Boiron, leader mondial des médicaments homéopathiques, s'interrogeait aussi sur " les motivations d'un tel acharnement à discréditer les médicaments homéopathiques prescrits par 150 000 médecins à 300 millions de patients à travers le monde. […] Le succès de l'homéopathie dérange encore et toujours ", commentait-il à propos de ce " nouvel épisode " de la critique de l'homéopathie. C'est que le débat ne date pas d'hier. Au 19e siècle, lors de l'épidémie de choléra à Londres, le taux de décès des patients à l'hôpital homéopathique avait été trois fois inférieur à celui de l'hôpital du Middlesex. On pourfendait déjà cette " nouvelle " médecine qui s'imposait comme une rivale par ses résultats supérieurs.

Changement de paradigme
Comment un produit pourrait-il agir, alors qu'on ne retrouve plus rien dans le substrat ? En effet, dans les hautes dilutions homéopathiques, il ne reste plus aucune trace de molécules actives. Cette dimension immatérielle dérange certes les esprits cartésiens, mais pour l'homéopathie, la maladie est le fruit d'un déséquilibre de l'énergie vitale. " L'homéopathie exige un changement de paradigme ", soutient Richard Laroche, faisant écho à tout un contingent d'homéopathes, dont plusieurs ont fait leur médecine, selon lesquels la preuve de son action relève probablement de la physique quantique. " Les produits n'ont pas un effet chimique, mais dynamique, poursuit-il, et on fait preuve d'aveuglement en s'attachant au dogme scientifique. D'après de récentes études, les dilutions homéopathiques émettraient des rayonnements bêta caractéristiques et ce signal lumineux posséderait une fréquence lui permettant d'agir sur l'ADN. Ainsi, ce ne serait pas une molécule chimique, mais un signal lumineux qui serait transmis aux cellules. On ne saurait évaluer ce signal avec des méthodes classiques obsolètes. "

Dr Martine Gardenal, médecin et homéopathe, présidente de la Société des médecins homéopathes spécialistes, en France, met en relief dans son ouvrage Homéopathie, soins et conseils (Guy Trédaniel, 2006) le fait que le panorama complet de l'individu, traité dans sa globalité, nous éloigne déjà de la médecine classique, de ses spécialités et de ses traitements adaptés non pas aux malades, selon leur constitution propre, mais aux maladies. " C'est une toute autre conception. Et il est évident que ce n'est pas un placebo, parce que si l'on se trompe de médicament, on n'a pas de réponse. Quand on connaît l'homéopathie, c'est clair. On ne peut pas douter de son efficacité, c'est seulement une question d'école. Mais il ne faut surtout pas raisonner en termes de chimie ou de biologie. Il faut quitter la matière et passer à l'énergie. " Par ses prises de position, Dr Gardenal est désormais " persécutée ", selon les homéopathes, par le Conseil national de l'Ordre des médecins.

Critique de la vision sceptique

Un scientifique ne devrait jamais se poser comme une référence ni jouer de sa notoriété dans un domaine qui n'est pas le sien et encore moins prétendre détenir une vérité définitive. Pourtant, il n'est pas rare de nos jours que nous assistions à de tels dérapages. On peut imaginer la consternation des homéopathes lors des démonstrations des Sceptiques du Québec. " Cette démonstration pseudo-scientifique visant à ridiculiser l'homéopathie est d'autant plus condamnable qu'elle se fait sous le couvert du divertissement et rejoint un large auditoire ", fustige Richard Laroche. En 2003, lors de la retransmission, à l'émission Découverte, du reportage de la BBC intitulé " L'homéopathie : science ou illusion? ", l'animateur Charles Tisseyre aura aussi mis en valeur la vision sceptique. " Dans cet exemple, on ne pouvait pas non plus conclure en l'efficacité pourtant prouvée de l'homéopathie, poursuit Richard Laroche. L'énergie vitale n'est pas un principe recevable par la science officielle, mais cela ne veut pas dire qu'elle ne pourra jamais être mesurée ou autrement prouvée ! " En octobre 2005, à l'émission Il va y avoir du sport, animée par Marie-France Bazzo, le sujet " L'homéopathie est-elle une arnaque ? " a pu être débattu. " Déjà, le titre du débat est tendancieux, fait remarquer Christian Aubry. Et la position des opposants traduisait bien l'esprit des détracteurs : discréditer et ridiculiser, plutôt que vérifier. " Dr Madeleine Bastid, de la Faculté de pharmacie de l'Université Montpellier, en France, est d'avis que l'homéopathie correspondant à une logique de communication analogique et non d'objet (matérialiste), " sa vérification expérimentale devrait se faire selon un modèle permettant à la fois d'analyser et de corréler ses trois grands principes : la similitude, la globalité et infinitésimalité. " L'homéopathie sera sans aucun doute un jour expliquée de façon scientifique, mais les résultats prouvent déjà son efficacité.

Sources
The Lancet : www.thelancet.com
Laboratoires Boiron : www.boiron.com
Syndicat professionnel des homéopathes du Québec
Richard Laroche, homéopathe, www.sglobale.com ou 450 963-3761



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