Pour l'amour de la nutrition
Le 2 juillet 2009 - 13:21
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Femme engagée, femme de cœur, pionnière dans un milieu plus ou moins connu du public, elle a défoncé des barrières, s'est illustrée dans un monde de femmes aux balbutiements encore timides et a révolutionné les méthodes d'alimentation pour nourrir les jeunes enfants. Elle nous raconte aujourd'hui son parcours semé de petits et de grands bonheurs auprès de ses enfants et de son mari, fidèle compagnon des quarante dernières années, qu'elle appelle affectueusement « son chum », et de ses passe-temps qui lui permettent de mordre dans la vie à belles dents.
Louise Lambert-Lagacé a fait ses études en nutrition à l'Université de Montréal alors que, dans les années 50, la présence des femmes dans les universités se faisait rare. À part celles qui avaient décidé de consacrer leur vie à la médecine ou au droit, la place des femmes, à l'époque, étaient plutôt au foyer. Dans le cas de Louise Lambert-Lagacé, les choses se présentaient différemment. Dans sa tête, elle avait déjà tracé sa route : « Je pensais bien me marier et avoir des enfants. En faisant mes études comme diététiste, j'avais tout de même la certitude de m'enrichir et d'obtenir une certaine expertise. » En découvrant sa nouvelle passion, Louise Lambert-Lagacé décide de faire des études supérieures en nutrition. Elle avait tout prévu, sauf de rencontrer l'amour ! Ce qui devait arriver arriva : à la fin de ses études de premier cycle, l'homme de sa vie se présenta à elle. « 1961 fut une grosse année : j'ai eu le diplôme et la bague ! Je n'ai finalement pas fait ma maîtrise, mais seulement mon bac. » Trois belles filles sont nées de cette union.
Mère avant tout !
« Mes filles ont rempli ma vie pendant de nombreuses années, explique Louise Lambert-Lagacé. À l'époque, le travail à l'extérieur ne faisait pas partie de ma vie ; seul celui à la maison comme mère de famille comptait. » Pendant ce temps, la femme de carrière est en veilleuse, même si elle n'a pas perdu la flamme pour sa profession. La preuve : elle s'implique auprès des groupes de diététistes. « Je n'étais pas absente du milieu, puisque j'étais toujours active auprès des comités de bénévoles, souligne-t-elle. Grâce à cela, je restais en lien avec mes collègues et ma profession. »
Une carrière qui s'impose
En guise de récompense pour toutes ses années de bénévolat, la vie lui réservera de bien belles surprises. En 1971, alors que la plus jeune de ses filles entre à la maternelle, Louise Lambert-Lagacé devient consultante en diététique ; elle verra son premier chèque de paye ! « Ce qui m'intéressait et m'intéresse toujours, c'était de faire la promotion de la santé. Je ne me voyais pas dans un milieu hospitalier, je voulais plutôt communiquer des messages aux gens en santé, ou presque. Mon objectif personnel était de faire de l'éducation pour le grand public. »
Une grande visibilité auprès du public
Visiblement sur la bonne voie, Louise Lambert-Lagacé saisit une chance en or qui lui est offerte : écrire une chronique sur la nutrition pour le journal tabloïd de l'époque, le Montréal-Matin. « Ma carrière a pris son envol en devenant beaucoup plus visible », dit-elle. Évoluant en terrain peu exploité, Louise Lambert-Lagacé s'est démarquée rapidement dans son milieu.
L'écriture l'a conduite alors dans un autre univers, celui de la télé. Ce sera auprès d'une grande dame de la télévision qu'elle fera ses débuts à Télé-Métropole. « Nicole Germain était une animatrice très agréable ; elle nous mettait à l'aise et s'impliquait dans chacun des sujets abordés. Ce fut une bonne école pour moi. »
La charge de travail est quand même considérable : une chronique par semaine, 52 semaines par année, avec des appels de l'auditoire. Louise Lambert-Lagacé fait office de pionnière, encore une fois, en étant la première diététiste à faire de l'éducation grand public au petit écran. « Mes collègues étaient contents que je sois la première à plonger dans l'eau froide. C'était l'objectif de mon comité bénévole que les diététistes percent dans le monde des médias afin de pouvoir diffuser l'information qu'ils avaient à véhiculer. » Cette première incursion à la télé durera trois ans.
À la découverte de l'écriture
Louise Lambert-Lagacé a d'autres cordes à son arc ; l'écriture d'un livre lui apparaît comme une suite logique à ses expériences antérieures. En 1974, elle publie son premier livre : La diététique dans la vie quotidienne. « C'était le regroupement des chroniques que j'avais faites dans le journal. »
Toujours active à la radio et à la télé, Louise Lambert-Lagacé multipliait les sujets qui faisaient réagir la population. « Lors d'une de mes émissions de télé, où je parlais de la boîte à lunch, j'ai suggéré aux auditeurs d'écrire à la Ville de Montréal s'ils voulaient recevoir un petit feuillet qui donnait aux parents des suggestions d'aliments santé. La ville a reçu tout près de 1 000 demandes. » Il n'en fallut pas plus pour que la diététiste la plus populaire du Québec publie, à l'automne 1974, un livre sur le sujet. « Je savais de quoi je parlais, puisque, avec mes filles, j'avais trois boîtes à lunch nutritives à remplir chaque matin », déclare la célèbre spécialiste.
Un succès retentissant
Le public suit de près ce que fait la diététiste de l'heure. Les gens profitent de sa tribune pour lui poser des questions concernant leurs jeunes enfants. « Peu importe les sujets que j'abordais : diabète, cholestérol, maux de ventre, les questions qui revenaient le plus souvent visaient toujours l'alimentation du bébé », affirme Louise Lambert-Lagacé. C'est comme ça que naîtra un autre livre, Comment nourrir son enfant, vendu à 375 000 copies (un des livres les plus vendus au Québec). « Ce livre est devenu une petite bible ! explique la spécialiste. Je l'ai réédité cinq fois afin qu'il reflète bien les grandes consignes et les grandes recherches en matière de nutrition. »
Traduit en anglais et en portugais, Comment nourrir son enfant s'est vendu non seulement à travers le Québec, mais à travers tout le pays. Louise Lambert-Lagacé est devenue du jour au lendemain la grande référence en matière d'alimentation pour bébé.
Se garder en forme
En 1975, Louise Lambert-Lagacé décide de se mettre en forme. « Mon mari, qui était abonné à un gym, m'a dit : Pourquoi ne viens-tu pas t'entraîner avec moi ? Réchauffement, étirement, jogging… J'y allais trois fois par semaine à sept heures du matin. Je me retrouvais presque à chaque fois seule avec un groupe d'hommes d'affaires. » L'aventure allait non seulement lui apporter une occasion de se remettre en forme, mais aussi une opportunité exceptionnelle pour qu'un autre secteur de sa discipline s'ouvre à elle. « Le médecin rattaché à ce gym m'a dit : Ça ne vous intéresserait pas de faire de la clinique ? J'ai accepté et j'y suis restée pendant dix ans. »
Avoir pignon sur rue
En 1988, Louise Lambert-Lagacé a finalement fondé, avec des associés, sa propre clinique de nutrition au centre ville de Montréal. « Faire de la clinique, c'est ma passion encore aujourd'hui, dit-elle. Ça me permet de me garder en lien avec les vrais problèmes d'alimentation et de nutrition. Malgré tout ce que l'on nous enseigne dans les livres scientifiques, c'est là où j'ai appris le plus. En clinique, on applique, on donne des suggestions et des conseils, et lorsque la personne revient en disant : ça marche, on en tire tellement de satisfaction. »
La douceur de vivre
Travail mis à part, Louise Lambert-Lagacé profite de la vie au maximum. Elle adore cuisiner, il va sans dire, et essayer de nouveaux plats entourée d'amis autour d'un bonne table. Son mari est un excellent critique quand vient le temps de donner ses commentaires. Quand à ses petits-enfants, ils ne se gênent pas pour donner leur opinion à leur Mamie. « Ma petite-fille qui habite l'Alberta, et qui est la plus enjôleuse de mes petits-enfants, m'a dit un jour : Grand-maman, tes recettes sont tellement bonnes ! »
Toujours dans l'action
Active plus que jamais, le tennis, dont elle raffole, lui donne de l'énergie à revendre. « Mes filles ont commencé à jouer au tennis avec leur père il y a quelques années, et finalement, j'ai embarqué. J'y vais deux ou trois fois par semaine et je pense que je m'améliore de fois en fois », dit-elle en riant. Un tant soit peu téméraire, Louise Lambert-Lagacé a commencé à faire du ski alors qu'elle avait presque 50 ans. « C'est plus pratique de faire le même sport que son chum. Je suis un peu de la vieille école ! »
Louise Lambert-Lagacé prend du temps pour elle-même maintenant. « Certaines années ont été très essoufflantes. Il fut un temps où je ne prenais aucunes vacances de l'année. Heureusement, mon mari a toujours été très conciliant. »
Et son passe-temps favori ? La lecture, les biographies plus précisément. « Je m'endors tous les soirs avec un livre à la main. »
PAR LOUISE MOREAU


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