C'est une femme allumée, prête à se livrer à n'importe quel questionnaire– tant qu'il y aura quelque chose à se mettre sous la dent –qui débarque juste en face de Radio-Canada, au restaurant Kitchenette, où elle m'a donné rendez-vous. Il émane de Chantal Lamarre une certaine sagesse et beaucoup de lucidité. Les coquineries, les blagues bien envoyées et la réplique vive, elle se permet aussi des écarts de petite fille espiègle…
« Je suis chanceuse, je ne surveille pas ma ligne. C'est parce que mon corps m'empêche de faire des excès. J'ai une sorte de thermostat interne qui m'indique quand c'est assez ! J'ai le foie lent et, le soir, si j'abuse de l'alcool ou d'un aliment trop riche, je paye beaucoup le lendemain, explique Chantal Lamarre. » Ses yeux, qui s'arrondissent derrière ses lunettes, détaillent la soupe de tomates froide et la salade tiède de légumes grillés saupoudrés d'épices odorantes qu'on vient de déposer sous son nez.
Mon petit doigt me dit qu'il y a une histoire d'amour entre elle et la bouffe ou, du moins, un intérêt assez soutenu. N'anime pas un quiz télé sur l'alimentation avec autant de passion qui veut. À table !, diffusé à TV5 colle bel et bien à sa passion pour l'alimentation. Chantal Lamarre l'avoue, elle aime décrypter les tendances culinaires, connaître d'où viennent les aliments et comprendre pourquoi nous les mangeons. En somme, son intérêt pour la nutrition est d'ordre anthropologique autant que passionnel !
Il suffit de connaître son amoureux, le comédien Michel Laperrière, pour comprendre que le couple carbure aux plaisirs gastronomiques. « Mon chum est un épicurien, à tendance cochonne. On s'est trouvés par la bouffe, nous deux, et quand il m'a fait ses deux rôtis et leur à-côté de purée, j'ai craqué, explique-t-elle. » Son complice, qu'elle connaissait alors depuis quelques années pour avoir partagé les planches avec lui à quelques reprises, venait de lui asséner le coup fatal… à table !
Voilà maintenant onze ans qu'ils traversent la vie ensemble. Chantal Lamarre en parle avec un sourire qui en dit long sur le charme qui opère entre eux. « J'ai tout de suite vu que Michel était un homme hautement civilisé. Il est curieux et sait apprécier les bonnes choses. Je ne pourrais pas être avec un gars qui ne mange pas… C'est trop bizarre, ce n'est pas normal. »
Entre mère poule et lionne indignée
Même s'il était à côté d'elle et qu'elle le côtoyait à travers le travail, ce n'est qu'à 36 ans, après quelques deuils et échecs amoureux, que Chantal s'est embarquée dans la vie conjugale avec cet homme élégant, qui manie la fourchette aussi bien que les mots. Chez les Laperrière-Lamarre, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, ça ne doit pas être ennuyant à l'heure des repas. Il faudrait demander à Agathe, 7 ans, et à Timothé, 5 ans… Ils avoueraient sûrement avoir affaire à des parents poules. L'air ailleurs, la maman s'en confesse en farfouillant dans son assiette. « Oh ! On les aime. On revient de Californie, où on les a emmenés en voyage. Je peux dire qu'on a eu beaucoup de plaisir. C'est eux qui nous gardent allumés et jeunes, qui nous donnent notre carburant pour passer nos journées. »
D'ailleurs, cet automne, elles seront plus chargées, ces journées. La nouvelle bête rugissante de La Fosse aux lionnes : c'est elle ! « Je suis une vieille lionne édentée. Je peux rugir un peu, mais je ne mords pas. J'aime parler fort, avoir un avis sur quelque chose dont je ne sais pas nécessairement tout. J'aime aussi l'idée d'admettre que je n'y connais rien, quand je suis dépassée. D'autres fois, je suis allumée par un truc et je maîtrise mon affaire, précise Chantal Lamarre. »
Chantal Lamarre fait sourire, s'échine, rigole, se remet en doute, écoute et s'indigne, bien sûr. Nous avons pu le constater au fil des ans, à Infoman, où elle est chroniqueuse. La rigidité l'énerve. L'étroitesse d'esprit et l'intolérance aussi. « Je n'en reviens pas qu'il y a encore des débats sur l'avortement, ça me met à bout de nerfs, je m'emporte sur le sujet et je n'ai pas honte de le faire devant mes enfants, confie-t-elle. » Le manque de curiosité intellectuelle la consterne aussi. Bref, elle réagit, et, à défaut de mordre, elle montre les crocs.
Pour dompter la lionne, présentez-lui des enfants. Elle devient complètement gaga. « Les enfants, ça a toujours été mon élément. Je suis mieux avec une douzaine de gamins en train de donner un atelier que dans un gala, confie l'actrice de formation. » Chantal Lamarre se plaît aussi dans les coulisses d'un théâtre ou sur scène, où elle n'a pas joué depuis sept ans. « Je suis bien dans une équipe de télé, mais les moments de grâce et de félicité, c'est dans les loges que ça se vit. Même si c'est dur et qu'il y a une souffrance à répéter, une fois que ça va et que le trac est passé, ce n'est pas battable. » La comédienne marque une pause et se rappelle ses soirées dans la LNI ou au Nouveau théâtre expérimental. Elle remontera sur les planches un jour.
Pour lire la suite de l'article, procurez-vous l'édition no41 Août 2010 en kiosque jusqu'au 29 juillet.
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