La culpabilité, une alliée ?
Malgré le malaise insupportable qu'elle peut susciter, nous avons intérêt à voir la culpabilité comme une alliée, car elle sert véritablement à quelque chose. Précisons d'abord qu'il existe une culpabilité toxique et une culpabilité saine. S'il est souhaitable de nous libérer de la première, la seconde est la gardienne de nos propres valeurs et de notre éthique personnelle et nous indique quand nous avons fait ou dit quelque chose qui nous place en désaccord avec nous-mêmes. Par exemple, si j'insulte mon conjoint lors d'une altercation avec lui et que je me sens coupable, cette culpabilité est tout à fait appropriée. En fonction de mon propre code moral et social, il en sera possiblement de même si je vole dans un magasin, si je mens à mon ami… Ressentir ce type de culpabilité nous signale que nous avons fait une faute qui a causé du tort et qu'il est nécessaire de changer notre comportement pour être en accord avec nous-mêmes. Ce qui apaise cette culpabilité saine, c'est de nous excuser.
Faute avouée est à moitié pardonnée
Certaines personnes croient se rabaisser en s'excusant. Pourtant, cette démarche permet de nous libérer de notre culpabilité et de retrouver la paix intérieure, parce qu'elle nous permet de retrouver l'harmonie avec nos valeurs. Deux conditions sont toutefois essentielles pour atteindre cet objectif : assumer complètement notre part de responsabilité et ne pas avoir d'attentes par rapport à l'autre.
Cependant, s'excuser pour tout peut être un des symptômes d'une personne qui est aux prises avec une culpabilité toxique.
La culpabilité toxique
La culpabilité toxique est démesurée et irréelle parce qu'elle s'applique à ce dont nous ne sommes pas responsables. La personne s'estime fautive à tort, par exemple, en se sentant coupable de gagner plus d'argent que ses frères, de ne pas avoir été présente lors du décès d'un parent, de s'amuser alors que d'autres travaillent, etc. En réalité, quand nous ressentons ce type de culpabilité, c'est que nous avons la certitude d'être responsables du vécu, des attentes, des limites et des besoins des autres, qu'ils soient réels ou imaginés. En effet, mes frères sont-ils nécessairement brimés si je gagne plus d'argent qu'eux ? Comment savoir si mon parent a vraiment souffert que je ne sois pas là quand il est décédé ? C'est trop souvent à partir de nos interprétations que nous nous ravageons l'intérieur.
De plus, nous mêlons parfois le fait d'être à l'origine d'un vécu désagréable pour l'autre avec le fait d'être responsable de ce vécu. Ainsi, si je choisis de dire non à mon enfant qui me demande d'inviter un ami à coucher, je suis le déclencheur de sa tristesse et de sa déception, mais non le responsable.
Le danger avec cette culpabilité est de nous occuper constamment du bien-être des autres en priorité, en négligeant de tenir compte de nos besoins et de nos limites. Nous devenons alors comme des marins dont la boussole indiquerait toujours une autre direction à prendre que celle où ils souhaitent véritablement aller. Notre vie devient menée par notre culpabilité et non par nos besoins. En plus, ces manoeuvres se font très fréquemment sans que nous en soyons conscients, puisque la culpabilité prend plusieurs visages.
Les faces cachées de la culpabilité toxique
Il n'est pas toujours évident de savoir qu'on se sent coupable. Étant donné que ressentir de la culpabilité est franchement désagréable, le psychisme s'organise pour éviter de la percevoir en utilisant différentes stratégies de défense contre elle.
En consultant la liste des faces cachées de la culpabilité toxique, vous pourrez voir si vous vous reconnaissez dans ces stratagèmes psychiques. Ultimement, ressentir la culpabilité toxique est encore une fois un signal à utiliser positivement, car celle-ci nous indique qu'un de nos besoins est insatisfait.
Comprenons que l'individu aux prises avec une culpabilité malsaine a souvent été culpabilisé et responsabilisé des malaises des autres, et qu'il reste avec une peur profonde que son « imperfection » lui fasse perdre l'amour des êtres significatifs pour lui. Comme personne ne peut éviter d'être à l'origine de malaises chez les autres, il ressent une impuissance angoissante à l'idée de ne pas contrôler le bien-être de son entourage. Il développe donc une façon de se contrôler (perfectionnisme, négation de ses besoins, etc.), de se punir de ses imperfections (jugement, autopunition, automutilation, sabotage, etc.) ou de contrôler les autres (prise en charge, excuses à outrance, etc.) pour éviter de faire face à son angoisse de fond, celle de ne pas être aimé ou d'être exclu.
À la lumière de cette explication, la culpabilité toxique agit donc comme un phare dans notre brouillard émotionnel, en nous rappelant que nous utilisons tous ces stratagèmes psychiques. Au fond, nous avons tous besoin d'être rassurés à l'effet que nous sommes aimés et aimables tels que nous sommes, même si nous sommes imparfaits et impuissants à soulager ou à éviter la douleur de nos proches. Simple à dire, mais comment faire pour se dégager d'un fonctionnement ancré profondément en soi ?
Source
Marie Portelance, thérapeute en relation d'aide par l'approche non directive créatrice (ANDC), directrice du Centre de relation d'aide de Montréal. www.cram-eif.org
Pour lire la suite de l'article, procurez-vous l'édition No54 Décembre, en kiosque jusqu'au 25 novembre 2011.
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