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PUBLIÉ DANS MIEUX-ÊTRE

Un conflit dans le couple : l'éviter ou y faire face?
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Le conflit est une rencontre

Le dictionnaire le Petit Robert définit le conflit comme étant « une rencontre d'éléments, de sentiments contraires, qui s'opposent ». Le mot essentiel à retenir de cette définition est le mot « rencontre ». Chercher à éviter le conflit quand il se présente, c'est donc éviter la rencontre avec notre conjoint quand on est en opposition. Cet évitement se fait de multiples façons, la plus commune étant de refouler les malaises que nous vivons, en les banalisant (ce n'est pas si grave que ça), en les rationalisant (au fond, je n'ai pas vraiment besoin de lui), en comprenant l'autre (elle est tellement occupée que c'est normal qu'elle me parle sur ce ton méprisant), etc. Par ce refoulement, nous croyons préserver la paix alors qu'en fait nous accumulons des frustrations, ce qui aura pour effet, tôt ou tard, de nous éloigner de notre conjoint.

Les « rencontres » du couple doivent donc se produire quand ça va bien et quand ça va mal. Dès que nous sommes impliqués sur le plan affectif avec quelqu'un d'importance, si nous souhaitons rester nous-mêmes et nous épanouir en relation avec lui, il y aura des désaccords et des manques qui créeront des conflits dans lesquels nous vivrons des émotions désagréables.

Les émotions sont nos antennes pour interagir

Les conflits font souvent peur, car ils sont accompagnés d'une panoplie d'émotions inconfortables, comme la peine, la culpabilité, les peurs (de ne plus être aimé, de perdre, d'être rejeté…), la colère, etc. Les émotions rendent la plupart des gens mal à l'aise, car ils ne savent pas trop quoi en faire et à quoi elles servent. Alors, le réflexe est d'essayer de faire disparaître nos émotions et celles des autres. Pourtant, elles sont légitimes, naturelles, normales et doivent simplement être accueillies.

De plus, on oublie que les émotions sont essentielles, car elles agissent comme des guides vers l'affirmation de nous-mêmes en relation. Ce sont nos émotions bien ressenties qui nous aident à déceler les dangers, à déterminer ce qui est bénéfique ou non pour nous. Elles nous préparent à l'action, nous alignent vers ce qu'on veut dire à l'autre pour continuer à bien fonctionner ensemble, nous indiquent nos limites, nos manques et nos besoins. Elles nous servent ni plus ni moins d'antennes pour nous occuper de nous-mêmes. Nous couper de nos émotions, c'est nous priver d'une ressource intérieure irremplaçable. Et la colère ne fait pas groupe à part.

La colère sert à s'affirmer, non à attaquer

La colère est souvent confondue avec l'agressivité, la violence et les attaques de toutes sortes. La colère est une émotion qui nous indique que quelque chose ne fait pas notre bonheur, qu'une limite a été dépassée, qu'un besoin prioritaire a été négligé et qu'on a quelque chose à affirmer à l'autre pour se respecter soi-même avec lui. L'agressivité et la violence verbale ou physique, elles, sont des comportements d'attaque envers l'autre qui ont pour effet de détruire, de contrôler, de faire peur, de dominer. Ces attaques ne favorisent pas la rencontre, mais la guerre. Malheureusement, plusieurs personnes pensent exprimer leur colère alors qu'ils agressent ou violentent avec leurs mots, attitudes ou gestes. Si ces comportements doivent être évités, la colère, elle, doit être vécue en soi puis exprimée; sans toutefois glisser dans des comportements qui mettent de l'huile sur le feu tels que le reproche, le jugement, la manipulation, le chantage, la vengeance, le harcèlement, la bouderie, l'attitude de martyre, la fausse indifférence, l'absence affective, l'interprétation des gestes de l'autre, etc. Voilà toute une gymnastique à faire, j'en conviens, mais cette démarche qui est celle de la responsabilisation de notre vécu est essentielle avec la colère comme avec toutes les émotions; sans quoi la communication s'achemine vers un échec et nous maintient dans l'insatisfaction et l'éloignement.

La colère, pointe de l'iceberg des besoins

Ce qu'il faut savoir c'est qu'habituellement, la colère n'est que la pointe de l'iceberg et que d'autres émotions s'éveillent en nous après que nous l'ayons exprimé correctement. Par exemple, si je suis fâchée parce que mon conjoint est sorti avec un collègue après le travail sans m'aviser, il se peut qu'avec cette colère, je ressente une peine de ne pas avoir été considérée qui elle aussi doit être vécue et exprimée. C'est précisément l'accueil de ces émotions diverses qui me mènera ensuite vers l'identification de mon besoin de recevoir un appel dans ce genre de situation ou de ma limite à vivre une telle attente sans aucune nouvelle. Si on ne fait qu'exprimer la colère sans le reste, encore une fois, c'est l'insatisfaction qui nous attend.

Apprendre à bien exprimer ce que nous ressentons quand nous sommes en désaccord ou blessé par l'autre, à bien écouter évidemment, à reconnaître nos erreurs et savoir trouver tous les deux des moyens d'être respectueux de soi et de l'autre, voilà les ingrédients qu'il faut pour faire des conflits des rencontres qui rapprochent. Le non-dit, lui, est un poison pour le couple.

Le non-dit et ses méfaits

Souvent, espérant garder une atmosphère de paix, on juge préférable de taire nos malaises relativement à notre conjoint. En faisant le choix d'accumuler des non-dits dans la relation, en refoulant les contrariétés, les malaises, on additionne les manques de respect de soi. On croit les étouffer alors qu'en réalité, on les fait grossir et ils finissent par sortir autrement que par la porte de la communication respectueuse, en vengeances, en remarques désobligeantes, en crises de nerfs incontrôlées. Ou bien s'ils ne sortent pas, ces non-dits tuent l'amour sans qu'on s'en rende compte.

De plus, une marque est laissée sur les enfants du couple qui ressentent les tensions sans pouvoir identifier d'où elles proviennent; ce qui provoque un sentiment d'insécurité en eux. Il vaut souvent mieux qu'ils sachent ce qu'il en est.

Devant les enfants ou dans la chambre à coucher?

Il ne s'agit pas de toujours régler les conflits en face des enfants bien que ce ne soit absolument pas grave qu'ils entendent, au loin, nos discussions corsées (à moins qu'ils soient les déclencheurs du conflit). L'important est de ne jamais les mêler à nos conflits, de ne jamais accepter qu'ils y jouent un rôle de médiateur ou de juge. Notre rôle est d'écouter ce qu'ils ressentent puis de valider qu'il y a effectivement une chicane, mais surtout de leur assurer que c'est normal, que ça arrive et que vous faites ce qu'il faut pour traverser cette tempête. Ils n'ont toutefois pas à être au courant des détails ou de la cause du conflit.

Il est fondamental de résister à la tentation de rabaisser et d'accuser même subtilement le conjoint aux yeux des enfants. Par contre, leur dire qu'on s'est fait de la peine et qu'on doit réparer nos erreurs est bénéfique, car les enfants apprennent qu'une relation est faite de bonnes ententes et de mésententes et que quand cela arrive, la solution se trouve dans la communication respectueuse des deux parties impliquées.

Après le conflit, le rapprochement

L'harmonie à tout prix n'aide ni nos enfants ni notre couple à s'épanouir. C'est l'authenticité et le respect mutuel qui permettent à chacun d'être bien, libre et heureux dans le couple. Fuir les chicanes c'est fuir un moment de rencontre qui, s'il est vécu avec écoute, responsabilité et respect, ne pourra que nous donner envie de nous jeter dans les bras de l'être aimé. Qui n'a pas expérimenté, après un conflit réglé, le doux bonheur du rapprochement?

Source

Marie Portelance, thérapeute en relation d'aide par l'approche non directive créatrice (ANDC), directrice du Centre de relation d'aide de Montréal. www.cram-eif.org





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